dimanche 23 décembre 2007

Accepter la souffrance pour aimer la vie ?


Le poète W.H Auden lors d'une conférence au Smith College en 1944 :

“All freedom implies necessity that is to say, suffering. The only suffering that can be avoided is the terror of running away from it. I you will forgive my saying so, I think if America has a national vice it is thinking suffering vulgar and purely negative”.

Cette pensée aurait pu s'appliquer à n'importe quel pays ou ville de notre société contemporaine.Mais dans le monde de l'hyperthymie américaine, les semaines saintes et autres purgatoires ne sont guère appréciés.

Le merveilleux livre de Kay Redfield Jamison, "An Unquiet Mind" ("De l'exaltation à la dépression") a été un échec dans les librairies en France.

Pourquoi?

Car c'est un livre qui parle de la souffrance. Et malheureusement la plupart des gens parfois refusent de contempler et d'apprivoiser la bête. De plus dans une société "aristocratique", il n'y a qu'un modèle viable (la fameuse tyrannie du QI!) et tous les déviants sont priés de se taire ou de rester dans l'ombre. Une société jacobine avec des relents Ancien Régime ne peut accepter des personnes qui n'adhèrent pas à la norme.

Mais ce n'est point vulgaire ni purement négatif.

Mais aussi de la joie et du "caractère paradoxal de cette maladie vif-argent qui peut à la fois créer et tuer" comme l'a souligné Kay.

J'ai vécu 4 ans à Manhattan où l'amour ne pouvait se concevoir sans vanité, ni raison et qu'ainsi il subsistait qu'une sexualité et un "management" des relations sentimentales.

"L’amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d’aller la cueillir sur les bords d’un précipice affreux" disait Stendhal dans "De l'Amour". Pourquoi la contrainte, la crainte et parfois la souffrance donnent naissance à l'amour héroïque?

Le grand philosophe américain qui a inspiré la figure de Ravelstein, Allan Bloom reprenait à son compte la pensée stendhalienne. Son livre majeur s'appelle : Love and Friendship (traduit en français). Il dénonce la disparition d'Eros et l'émergence d'une sexualité sans relations amoureuses.

La souffrance ne doit pas être recherchée mais quand elle se présente, elle a parfois une vertu cachée au premier regard...Les souffrances qui nous rendent lâches nous empêchent d'aimer la vie.

Passer des champs de batailles aux salons de Marly ou de la dépression à la frivolité donnent corps à la vie.

Peut-être...