Je suis retombé par hasard sur un site américain qui s'appelle ASKPATIENT.COM. Ce site est assez intéressant et en même temps peut sembler absurde car il recense toutes les appréciations concernant les médicaments. Les patients notent leurs médicaments !
Il est évident que le dosage et surtout la molécule agit différemment sur chaque individu. Prendre 200 mg de Lithium par jour n'est pas la même chose que d'en prendre 1500 mg.
Cependant, il est vrai que la crainte des effets secondaires reste la principale raison pour les patients de s'abstenir de prendre des médicaments. Certains n'ont pas le choix, d'autres si, et optent parfois pour la TCC, la psychanalyse, des médecines alternatives. C'est le cas des cyclothymiques.
Comme je l'ai écrit dans mon livre sur cyclothymie et créativité, je n'ai pas eu la réelle nécessité de prendre des médicaments mais peut-être qu'un jour j'y serai contraint et cela ne me pose pas de problèmes.
Pour moi la question est de savoir jusqu'à quel point je peux lutter avec ma force de volonté pour m'en sortir sans aide thérapeutique. Le prix à payer est élevé, je le reconnais. Mais j'y suis habitué depuis 20 ans car je suis extrêmement discipliné sur l'hygiène de vie mais aussi sur mon éthique personnelle (notamment au niveau professionnel). Cela me sauve mais je ne peux pas dire que je sois heureux mais cela m'est égal car je trouve des compensations.
Une fois de plus, c'est une question personnelle et je déteste autant les personnes qui vous forcent à prendre des médicaments que celles qui cherchent à vous en dissuader. C'est une démarche PERSONNELLE et surtout pour la cyclothymie. Toutefois, IL FAUT ASSUMER et dans les deux cas ne pas se plaindre. La plupart du temps c'est l'entourage qui râle ou rejette le bipolaire-cyclothymique et ce dernier pense qu'il est malade alors qu'en fait il est souvent dans un mauvais environnement (goodness of fit).
Des psychiatres comme David Healy ("Le Temps des Antidépresseurs " ou son article dans Courrier International numéro 820) sont critiques à l'égard de certains médicaments pris pendant de longues durées.
La majorité des médecins estime souvent que la cyclothymie n'est qu'une névrose, une hystérie ou un état-limite et que finalement ce n'est pas si grave en comparaison des vrais bipolaires... Ce qui est bien sûr faux car les effets pernicieux et l'invisibilité de la cyclothymie sont bien plus dangereux que la BP I, bien soignée.
Par contre, Healy a peut être raison quand il parle de "marketing pharmaceutique" en évoquant les campagnes pour inciter à prendre des médicaments car ce sont finalement les laboratoires qui financent ces actions. Cela s'appelle le DISEASE MONGERING. En même temps si cela permet de diagnostiquer des nouveaux cas où est le mal? Nous sommes face à une situation complexe.
C'est étonnant de voir qu'avec la même molécule, chaque patient réagira de manière différente...On percoit donc aussi les limites de la science pour traiter les troubles mentaux car le cerveau est un organe des plus complexes !
Ce que je trouve intéressant dans la démarche ASKPATIENT, c'est l'aspect démocratique, transparent et finalement cathartique de ce site. Les gens parlent de leur maladie, librement et ils ne vivent pas comme chez nous sous l'emprise de l'entourage et des thérapeutes (lesquels souvent ne savent pas ce qu'ils soignent). Le "patient-patron" existe aux Etats-Unis, en France il faudra attendre 10 ans au moins...N'oublions pas que la liberté est une vrai valeur là-bas et que chez nous le principe d'égalité prédomine malgré l'hypocrisie que cela signifie.
Personnellement, je pense que si la société était moins égoïste, matérialiste, rigide et si les gens étaient capables de s'aimer vraiment, il y aurait moins de consultations psychiatriques. Cela semble peut être naïf et simpliste mais je crois que c'est une réalité. Je relisais l'année dernière la merveilleuse biographie de John Nash pas Silvia Nasar dans laquelle le Prix Nobel explique que sans l'amour de sa femme il ne s'en serait jamais sorti (de sa schizophrénie).
Pour les cas bipolaires les plus légers, les gens se tournent vers les médecins car ils ennuient leur entourage ou il se détestent eux-mêmes ou ignorent tout d'eux memes...
Les médicaments devraient être un moyen temporaire, une béquille pour passer le cap et non un nouveau SOMA comme le craint le Pr. Kramer dans le "Bonheur sur Ordonnance".
Comme je l'ai écrit précédemment nous rentrons dans l'ère d'un nouvel eugénisme que TS ELIOT nommait en 1939 : "le puritanisme d'une morale hygiéniste au service de l'efficacité" (lisez aussi Alain Ehrenberg et la "Fatigue d'Etre Soi") et les médicaments ne représenteront plus un danger pour le corps (les effets secondaires sont de moins en moins réels avec les nouvelles générations de molécules) mais bien pour l'esprit et l'intégrité morale.
Dans ce contexte je partage beaucoup de principes les défenseurs du calvinisme pharmacologique qui estiment que c'est l'idée de souffrance constructive que l'on veut bannir. C'est ce que pense le Pr. Dyck, spécialiste des questions de bioéthique à l'Université d'Harvard, ou le Dr Tixier (Eloge de la Déprime dont j'ai parlé dans un précédent post) et Peter Kramer :
http://www.cbhd.org/resources/endoflife/dyck_2003-11-12.htm
http://en.wikipedia.org/wiki/Listening_to_Prozac
Jeanne Dandoy
Il y a 4 heures
