Il est évident que la cyclothymie a toujours existé comme les autres troubles de l'humeur (relatés dans la Bible ou dans les textes d'Homère), elle a été décrite non seulement par les médecins mais surtout par les artistes et écrivains (Goethe et son Werther et Shakespeare avec Hamlet!) sans toutefois qualifier précisement cette hypersensibilité et la labilité de l'humeur.
En 1877, les deux grands psychiatres allemands Kahlbaum et son disciple Hecker mettent enfin nom à ce trouble en le nommant : cyclothymie. En 1898, Hecker décrit la cyclothymie comme "une maladie circulaire de le sensibilité émotive " (Gemuthserkrankung).
Les principes de la psychiatrie pendant le XIX eme siècle reposait sur une base physiologique et biologique et biologique. Les psychanalystes ont remis en question la psychiatrie et notamment sur l’origine héréditaires des troubles mentaux et les traitements essentiellement nerveux et somatiques. Peter Kramer dans son livre "Listening to Prozac" explique que l' eugénisme et les théories raciales nazies ont discrédité l'approche humorale alors que la médecine grecque ancienne n'avait rien à voir avec ces approches pseudo-scientifiques.
Les psychanalystes pensaient que le dialogue entre patient et thérapeute serait le remède plutôt que sur une auscultation classique...Freud abordait les troubles tels que l’hystérie et de la dépression (neurasthénie) par l’introspection en revivant les crises émotionnelles à l’origine supposée afin de les évacuer ce qui pouvait bien sûr aggraver la situation du patient.
Dans les années 30, la psychanalyse devint de plus en plus en vogue en France, Allemagne et USA. Dans les années 50, tous les postes clefs dans les universités américaines étaient détenus par des psychiatres-psychanalystes alors qu’en Europe les psychiatres faisaient encore de la résistance.
En France, Mai 68 a signifié une seconde vague d’influence pour la psychanalyse notamment grâce aux mouvements anti-psychiatrie hostiles aux électrochocs, au concept de « psychopathologie » et aux hôpitaux psychiatriques qui étaient comparés à des prisons. En France les étudiants en médecine ont demandé que la psychanalyse soit au programme des facultés.
A la fin des années 70, la création du DSM (première édition en 1980) aux USA et le succès de certains médicaments ont signifié un fort recul de la psychanalyse.
En 1977, le Pr. Akiskal réintroduit le concept des tempéraments, du spectre bipolaire et donc de la cyclothymie.
En Europe, le Pr. Angst et son équipe de Zurich travaille sur le concept de bipolarité et de spectre bipolaire.
L'histoire médicale de la cyclothymie apparaît donc unique car il s'agit d'un trouble bien défini et compris à la fin du XIX eme et qui réapparait un siècle après !
Les psychanalystes et psychiatres qui nient l'existence de bipolarité atténuée (BPII) ou de la cyclothymie semblent ignorer le travail remarquable des médecins allemands et francais de l'époque ! Mais ce qui semblent plus inquiétant, c'est l'incapacité à diagnostiquer et donc à soigner les personnes en détresse. Pour beaucoup de médecins, la bipolarité est une mode et donc seuls les BP I sont vraiment malades.
Pour étayer ma démonstration, je vous propose lors de mes prochains posts de vous sélectionner quelques passages de la thèse doctorale de Pierre Kahn défendue en 1909.Ce travail remarquable dont j'ai parlé il y a quelques semaines mérite toute notre attention et notre admiration.
Guitar Hero: Aerosmith
Il y a 19 heures
