lundi 16 février 2009

Dépression cyclothymique avec cause

Le Pr. Akiskal avait-il raison de nommer la cyclothymie, "dépression avec cyclothymie" ? C'est une question que l'on peut se poser. Est-ce que le cyclothymique vit une dépression tout au long de sa vie ? Si oui est-ce endogène ("unprompted") ou "réactif" ? Depuis Hippocrate en passant par Robert Burton et Benjamin Rush, le père de la psychiatrie américaine, il a toujours existé une mélancolie avec cause ("mourning" de Freud) et sans cause (melancolie selon Freud). Pour cette raison, le livre de Horwitz et Wakefield, "The Loss of sadness" (disponible en français : http://livre.fnac.com/a2838220/Jerome-C-Wakefield-Tristesse-ou-depression) met en exergue un aspect déterminant du diagnostic : rentrer dans les critères du DSM ne signifie pas obligatoirement avoir une maladie mentale car une rupture sentimentale, un deuil, une perte d'emploi peuvent provoquer un choc émotionnel à toute personne, pour une période plus ou moins longue. Dans la dépression "sans cause" -"dépression endogène selon les anciennes version du DSM- les symptômes apparaissent mystérieusement de nulle part, alors que la vie que mène l'individu est normale. Il semble donc évident que le mécanisme biologique connaît un dysfonctionnement.La façon dont nous interprétons nos émotions a changé et nous pensons que souffrir pour des raisons valables n'est pas naturel et que nous devons suivre un traitement pour aller mieux alors que ce qu'il faudrait le plus souvent c'est de la patience, du courage et surtout de l'action pour changer de vie.

Bien sûr et finalement si la personne recherche un traitement pour diminuer sa souffrance, elle doit être aidée si elle le souhaite. Pas de débat sur cet aspect et d'ailleurs le DSM évoque la question d'une souffrance causée par des événements douloureux.

Le NIMH américain a trouvé récemment que 80 gènes pourraient être associés avec le trouble bipolaire. 8 de ces gènes influence la manière dont le cerveau réagit aux neurotransmetteurs tel que la dopamine. Ajoutons à cela les éléments négatifs sociaux et personnels qui influencent l'individu génétiquement vulnérable : stress, pauvreté, instabilité familiale, alcool et drogues, etc... L'origine du trouble devient plus que complexe et difficile à cerner.

Revenons au problème concret de la cyclothymie, Il ne fait aucun doute que dans toutes les formes de cyclothymie et de bipolarité, il existe une "vulnérabilité génétique" mais la question que l'on doit se poser est celle de l'influence des facteurs extérieurs. Je ne m'aventure pas à évoquer le cas des BP I car je ne suis pas spécialiste mais en ce qui concerne la cyclothymie, il est évident que nous sommes face à un vrai problème car certains spécialistes de la bipolarité tentent de minimiser et non de nier certes les facteurs externes. A lire certains textes on a l'impression que cette vulnérabilité biologique est une fatalité et que finalement les épisodes ou réactions des cyclothymiques ne sont motivés par aucun événement extérieur, si minime soit il.

J'ai eu la chance de rencontrer et de lire beaucoup de témoignages de personnes cyclothymiques, des trois catégories d'Akiskal- hyper, pure, et dépressive- et des trois niveaux - névrosé, borderline et BP atténuée- et je n'ai jamais constaté des épisodes "sans cause" mais je n'ai pas la prétention de connaître tous les cas de cyclothymie. Je parle des personne avec lesquelles j'ai été en contact.

Une étude japonaise sur "Temperament and job stress in Japanese company employees" de Sakai Y, Akiyama T, Miyake Y, Kawamura Y, Tsuda H, Kurabayashi L, Tominaga M, Noda T, Akiskal K, Akiskal H du Department of Psychiatry de la Juntendo University School of Medicine, a conclu que les tempéraments irritables et cyclothymiques avient plus de problèmes de stress au travail que les dysthymiques et hyperthymiques. On sait pourquoi...
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15780681

De même, j'ai passé de nombreuses années quand j'étais étudiant par exemple pendant lesquelles je n'ai jamais eu de problèmes particuliers... si la cyclothymie avait été si endogène et sans cause, elle se serait manifestée pendant cette période.

Il semble évident que des outils tels que l'information et la psycho-éducation (mais laquelle?) s'avèrent indispensable pour se connaître et éviter certains pièges. Ceux ou celles qui peuvent suivre le modèle de Proust (CF post antérieur) seront peut-être plus épanouis mais dans tous les cas, il faudra trouver du sens à sa vie et de la stimulation, pas forcément de l'aventure et toujours de l'intelligence émotionnelle et éthique.

La famille, les amis, conjoints, et collègues de travail doivent être impliqués le plus possible et les thérapies qui incluent la famille au moins apporteront toujours un meilleur sentiment de bien être.

Les symptômes de dysthymie, d'état-mixtes ou d'hyperthymie n'apparaissent pas sans raison et le travail du médecin est d'écouter attentivement, d'expliquer et de conseiller la personne à la recherche d'un diagnostic et de solutions.

Le "patient" doit demander un diagnostic clair : quelle type de bipolarité et quelle type de cyclothymie? Faut-il réellement un traitement ? Pourquoi et surtout pour combien de temps? Demander les avantages et inconvénients de la psycho-éducation et ou des médicaments? Demander quelles sont les études qui prouvent l'efficacité des solutions préconisées et interroger au moins un autre spécialiste et des patients.