dimanche 15 février 2009

Goleman et l'intelligence relationnelle : une créativité à la portée de tous



Le dernier livre de Goleman "Social Intelligence" dont j'ai parlé à quelques reprises vient d'être publié chez Odile Jacob : http://www.amazon.fr/Cultiver-lIntelligence-Relationnelle-Goleman-Daniel/dp/2221099869

Je préfère son livre sur l'intelligence émotionnelle mais cet ouvrage a le mérite de conforter la thèse du Prix Nobel Eric Kandel sur le soit-disant déterminisme biologique : les êtres humains comme les lièvres de mer possèdent une neuroplasticité qui nous ouvrent les voies du changements. Les travaux de Kandel prouvent que l'homme peut apprendre et modifier la partie biologique de notre corps (CF la fameuse étude sur l'hippocampe des chauffeurs de taxi londoniens). Nancy Andreasen dans son livre "Creating Brain" évoque cela aussi à la page 146. En bref, la psycho-éducation est très efficace et peu également selon certains scientifiques, affecter le métabolisme de la sérotonine dans le cerveau.

Goleman dans un style un peu décousu donne beaucoup de preuves quant au caractère éminemment social de l'être humain (et de l'animal!) et confirme les thèses de Cacioppo et Bernston sur la neuroscience sociale introduite il y a moins de 20 ans : L'homme a besoin de l'homme, de bonnes relations qui nous enrichissent et nous donnent la santé, depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte.

J'ai l'air d'évoquer des poncifs mais quand on constate la solitude des patients qui font face, seuls, à leur souffrance psychique, on peut se poser des questions sur le contexte familial, personnel ou professionnel qui nous rend sain de corps et de d'esprit ou celui qui nous empoisonne...

Au sein du Philadelphia Project, je constate progressivement que Goleman, Barber et Gardner ont raison : l'individu quel qu'il soit et encore plus le mélancolique ou le cyclothymique a besoin d'un environnement stimulant, tolérant, humain et surtout fraternel et aussi de "gratuité". Il n'y a pas d'association, ni cotisations, ni de règles, ni de codes, ni d'organigramme si ce n'est celui du "savoir être".

L'enfant comme l'adulte ont besoin de se sentir en confiance, libres et respectés. Deux types d'intelligences souvent ignorées que j'ai mentionné depuis longtemps sur ce blog ne sont pas assez valorisées en France : L'intelligence personnelle (introspective et sociale ) et celle moins consensuelle mais tout aussi importante, l'intelligence morale (P67 de Intelligence reframed de Howard Gardner) ou comme l'appelle Stefan Einhorn ("L'art d'être bon"), l'intelligence éthique.

Cet environnement est une création sociale, lente mais solide et l'individu a besoin de l'autre, nous sommes dépendants et c'est pas une "faille" mais bien une preuve d'empathie et d'humanité.

Les médicaments et la psycho-éducation peuvent aider mais ce sont des moyens et non une fin. Le dessein final est celui du logos, que vais-je faire de ma vie? Qu'ai-je fait? Cela a-t-il un sens ? Est-ce que je vis uniquement pour moi ou aussi pour ceux que j'aime et même les autres ? Et surtout en quoi la souffrance psychique et la bipolarité peuvent m'aider à obtenir et à améliorer mon intelligence sociale et éthique? Quelle est cette créativité (mais est ce bien de la créativité?) qui est à ma portée ?


A lire en anglais la fiche sur Kandel surtout à partir de "Residency training in psychiatry at the Harvard Medical School" sur le site des prix Nobel :
http://nobelprize.org/nobel_prizes/medicine/laureates/2000/kandel-autobio.html